Le vieil homme et le toubib

Publié le par Momar MBAYE

mame-marie-faye.jpgLe vieil homme et le toubib

Ce n’est pas demain la veille de la publication du bulletin de santé d’Abdoulaye Wade dont l’entourage parle de trahison et de violation du sermon d’Hippocrate, alors que pour d’autres, le toubib n’a fait que planter sa seringue dans une plaie ensanglantée, incurable et déjà infectée.

 

L’histoire de la naissance de la psychopathologie nous apprend qu’au Moyen Âge, les troubles psychiques étaient considérés comme l’expression d’un pacte avec le diable, la possession de l’esprit par le mal. Les fous, pour arriver à leur élimination radicale, étaient traqués, torturés et brûlés. On n’en est plus à ce stade, et heureusement encore. Plus tard, les travaux du XIXème siècle réalisés sur le classement et la description des maladies mentales indiquent que l’origine du trouble est à chercher dans le sujet lui-même, qu’elle soit consciente ou inconsciente. Et de nos jours, il est des attitudes qu’on pourrait qualifier de psychose, car impliquant l’existence de troubles graves du comportement dont le malade n’est pas conscient. La psychose, de l’avis des professionnels, nécessite une prise en charge intensive et parfois l’exigence d’interner le patient. Le paranoïaque délirant, quant à lui, ne se juge pas malade, et c’est ce qu’il y a de plus inquiétant. Donc, difficile de convaincre le sujet qu’il souffre d’une quelconque pathologie.

A la lecture des rebondissements récents dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Marie Faye, l’on pourrait se demander où est passée la solidarité de corps très chère aux professionnels de la santé, et leur mutisme coupable et assourdissant devant la tragicomédie qui est en train de se jouer sous nos yeux. Les propos tenus par le toubib sur la santé mentale du président Wade, auraient pu être signés par n’importe quel Sénégalais les yeux fermés, car il est plus qu’évident que ce dernier, qui refuse sciemment de communiquer sur sa santé alors qu’il en avait fait la promesse, a bien des choses à dissimuler.

Ceci est d’autant plus inquiétant que c’est la Division des Investigations Criminelles qui se laisse instrumentaliser d’une manière aussi honteuse que téléguidée à chaque fois qu’il s’agit de réduire une personne au silence, pour avoir simplement exprimé une opinion. Il appartient donc au peuple de se dresser comme une seule personne et servir de bouclier devant les tentatives d’intimidation dont Mame Marie Faye fait l’objet en ce moment. Ce n’est pas en s’acharnant sur cette dame qu’on peut prouver à l’opinion qu’on a quelque chose dans le pantalon. Encore une fois, les tenants du pouvoir ont démontré à la face du monde, que la liberté d’opinion et d’expression, au Sénégal, souffre d’une pathologie pire que celle qui gangrène l’Etat au plus au niveau, et dont les symptômes sont décelables à travers l’Arbitraire étatique, la Barbarie policière, la Corruption des élites et des masses, corolaires d’une Dictature sous l’apparence d’une copie pâle et imparfaite d’une démocratie où les citoyens se retrouvent tous en sursis. Entre le toubib et le vieil homme, il y en a un qui a besoin d’insuline, et l’autre, d’une bonne cure analytique.

 Momar Mbaye

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