Interview EXCLUSIF

Publié le par Momar MBAYE

Momar portrait alsaceMomar Mbaye, auteur "Les Miettes de l'Occident"

Sunuafrik   -   Dans son dernier livre intitulé "Les Miettes de l'Occident" sous titre "confidences d'une négresse", Momar Mbaye relate l'histoire de Magui, une jeune Africaine qui quitte sa terre natale pour l'Occident pour retrouver son mari Francois. Ce périple met en exergue la vie des sans papiers, la xénophobie, les échecs, les réussites des émigrés en Europe. Tout y passe. Nous l'avons rencontré pour vous. Nous vous proposons ici la première partie. Entretien.

 

 

Sunuafrik.com : Bonjour Momar Mbaye, merci de vous prêter à nos questions. Je sais que nos lecteurs vous connaissent déjà grâce à vos contributions sur Sunuafrik.com mais présentez-vous quand même.


Momar Mbaye : Momar Mbaye est un Sénégalais soucieux de l’avenir de son pays, les questions de démocratie en particulier. Depuis Mulhouse où il exerce le métier de correspondant de presse à la rédaction des Dernières Nouvelles D’alsace, il reste très attaché à l’actualité politique sénégalaise qu’il suit de très près. D’où les nombreuses publications consacrées à la question. Un travail d’écriture qui enveloppe également des thèmes de société dont certains sont abordés dans les ouvrages publiés.

Sunuafrik.com : Vous venez de publier un livre intitulé “Les Miettes de L’Occident”.  Pourquoi ce titre et comment en êtes-vous arrivé à ça?


Momar Mbaye : Le titre m’est apparu au cours de la lecture d’un ouvrage sur le thème de l’immigration. Vous avez entendu à plusieurs reprises parler dans les médias de ces personnes qui, à la recherche d’un avenir meilleur, empruntent les « bateaux cercueils » pour ensuite venir s’échouer sur les côtes européennes au péril de leur vie. Moi, j’ai voulu aller plus loin, non seulement donner la parole aux candidats à l’émigration, ces jeunes dont le seul rêve est de quitter à tout prix le pays qui les a vus naître, mais aussi connaître leur parcours, leurs motivations. Qui sont d’ordre économique pour la plupart. A travers ce titre, j’essaie aussi de démontrer d’une part, que l’Europe est saturée aujourd’hui, il ne reste que des « miettes », et d’autre part, interpeller sur la question des disparités et inégalités sociales, ces écarts qui ne cessent de se creuser entre l’Occident et le tiers-monde. Bien avant que je quitte mon pays, je m’interrogeais assez souvent sur ces personnes qui partaient et qui ne revenaient pas. Il y en a qui ne donnent pas de nouvelles pendant des années. Leurs familles s’inquiètent ou s’imaginent le pire. D’autres exercent des boulots pénibles en Europe et mettent leur vie en danger. C’est ce qu’ils gagnent en retour que je qualifie de « miettes de survie» car ne valant pas la peine de ruiner sa santé. Vous trouverez ma comparaison assez osée si je vous disais que ce n’est rien d’autre que de l’esclave, de la servitude consentie. Officiellement, l’esclavage a été aboli, mais les négriers courent toujours. Ils se cachent derrière des paravents. Les méthodes ont changé, mais la pratique demeure. Elle se modernise, sous une forme méconnaissable, car en Europe, il y a des boulots qui ruinent votre santé, qui tuent. Ces travailleurs étrangers accueillis à bras ouverts dans les geôles de l’enfer occidental. Certains d’entre eux ne toucheront jamais leur retraite car ils ne seront plus de ce monde, pour avoir passé leur vie à exécuter les pires corvées qui soient, ces boulots dont les nationaux ne veulent pas et qui sont pires que le médiator.
Les miettes de l’Occident, ce sont aussi ces bateaux européens stationnés sur les côtes sénégalaises pour acheminer en Europe le meilleur des produits halieutiques du continent, moyennant une contrepartie financière qui servira en partie à alimenter les tirelires des élites africaines dissimilées à l’étranger. Les miettes de l’Occident, ce sont aussi ces industriels étrangers qui piquent et pillent les ressources minières du continent moyennant une contrepartie négociée d’avance, et dont les conditions sont fixées par eux-mêmes, les pays du Nord.

Sunuafrik.com : De quoi traite ce livre “Les Miettes de l’Occident”? Est ce base sur des faits réels ou c’est un produit tout à fait imaginaire?

Momar Mbaye : Il y a beaucoup de vécu dans ce livre, qui n’en est pas moins une fiction. Lorsque je parle de la corruption et du marchandage des services administratifs, ce sont des choses auxquelles j’ai été confronté pendant mes vacances au Sénégal. Je relate également dans le livre d’autres expériences vécues par des personnes de mon entourage, comme la scène avec les policiers dans le train, lorsque, accompagnés de douaniers, ils ciblent Magui, l’héroïne du roman, tout simplement parce qu’elle est d’origine africaine. Je n’ai rien contre les contrôles d’identité, mais je dénonce la stigmatisation des personnes de couleur. En Europe, l’Africain est victime de ce que j’appelle son « bronzage de naissance », il a du mal à se fondre dans la masse. Pas plus tard que dimanche après-midi, j’étais à Bâle (en Suisse) avec des amis. A la sortie du train, au poste frontière, mes amis et moi avons tous été « mis en quarantaine » avant d’être contrôlés par les douaniers, qui en même temps laissaient passer les personnes d’origine européenne. Ils ont réquisitionné nos papiers d’identité afin de s’assurer que nous ne faisions pas partie de ces indésirables entrés de façon illégale sur l’ « helvétique eldorado ». Ce délit de faciès est très courant en France aussi. Heureusement que la loi sanctionne ces types de comportement. On a eu un ministre de l’Intérieur condamné à deux reprises pour injures raciales, çà lui a coûté son poste au gouvernement. Les récentes sorties malheureuses de son successeur font qu’aujourd’hui, les Français d’origine étrangère, africaine en particulier,  ont du mal à se sentir chez eux en France. Les petites expériences relatées dans le livre sont malheureusement la triste réalité, l’autre face de la médaille. Personnellement, je trouve insensé ce mimétisme constant de la droite, qui consiste à accoucher les idées qui effleurent l’esprit de Marine Le Pen. Et entre l’original et la copie, quand il s’agit de lire une biographie d’Hemingway, franchement, je préfère mettre une croix sur PPDA.

Sunuafrik.com : Vous vivez et travaillez en France mais vous suivez très sérieusement l’actualité mondiale (vos contributions sur Sunuafrik l’illustrent). Qu’est ce qui fait bouger Momar Mbaye quand vous regardez l’actualité Africaine par exemple?

Momar Mbaye : C’est relater une lapalissade que de dire que l’Afrique ne se porte pas bien aujourd’hui, mais le tableau est loin d’être sombre partout. Je crois que nous ne sommes pas au bout des surprises que nous réserve cette année 2011, avec la chute des dictatures, le réveil des peuples arabes, la floraison des organismes et associations se réclamant de la société civile, entre autres. Les cas de Gbagbo en Côte d’Ivoire, et de Tanja au Niger, constituent un avertissement, une mise en garde à l’endroit des princes tentés par le coup de force, ou mus par une volonté de s’accrocher à un pouvoir qui ne veut plus d’eux. Toutefois, il faut saluer les avancées démocratiques dans certains pays d’Afrique noire comme la Guinée, la Mauritanie ; l’Afrique a besoin d’institutions solides, c’est le fondement et l’essence de la démocratie même.

Sunuafrik.com : A lire vos contributions sur Sunuafrik.com, on est à penser que le Sénégal a reculé sur tous les plans depuis l’an 2000 sous Abdoulaye Wade. Mais est ce la réalite ?

Momar Mbaye : Je ne dirais pas que le Sénégal a reculé sur tous les plans, ce serait dire une contre-vérité. Au niveau des infrastructures, l’alternance a révolutionné le visage de la capitale, Dakar, quoique la lumière n’ait pas été faite sur les malversations supposés liés à l’Anoci. Seulement, le Sénégal ne se limite pas à Dakar, qui mériterait d’être désengorgée au profit des régions. Sur le plan institutionnel ainsi que des libertés, le pays a traversé des crises dont les conséquences sont encore décelables. Le recul démocratique est patent, au vu des remaniements incessants du gouvernement, un dédale où tout le monde se perd. Je pense que le Sénégal sous Wade a damé le pion à Israël en matière d’instabilité institutionnelle. On ne peut pas nommer des ministres le matin pour les virer le soir. Vous conviendrez avec moi que le statut de ministre est dévalué depuis l’avènement de l’alternance, car n’importe qui peut se retrouver au rang de ministre du jour au lendemain. Sans mentionner la confusion des rôles et l’assujettissement, dans une certaine mesure, des pouvoirs législatif et judiciaire au pouvoir exécutif. L’ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, reprochait à Nicolas Sarkozy de tenir d’une main le parlement et de l’autre le gouvernement. Ce qui remet en cause la séparation des pouvoirs. Nous sommes dans le même cas de figure au Sénégal. Nous vivons un recul démocratique sans précédent. Vous avez entendu des députés du PDS soutenir ouvertement qu’ils sont des députés du président, comme si leur mandat émanait du président. Sur le plan des libertés, les atteintes multiples et répétées aux droits de la personne humaine, à la liberté d’expression, sont un sujet auquel j’ai consacré un ouvrage en 2010, Les dérives du Sopi, bavures impunies et médias en sursis, où je donne la parole à ces journalistes, leaders d’opinions ou simples citoyens brutalisés, humiliés par les forces de l’ordre ou par des personnes appartenant au camp du pouvoir. C’est le cas de Pape Cheikh Fall, Boubabcar Kambel Dieng, Kara Tihoune, et j’en passe. J’ai été attristé en apprenant cette semaine la mort de Malick Ba qui a été tué par les gendarmes. Encore des bavures. Si ce n’est pas la police, la gendarmerie se charge de tirer sur les populations. Et pas une seule fois l’on n’a entendu le président Wade condamner ces actes, ne serait-ce que verbalement. Ces bavures rappellent les cas de Sina Sidibé à Kédougou, Balla Gaye tué par les forces de l’ordre sur le campus de Dakar, les personnes mortes en garde à vue dans des conditions inexpliquées, l’agression de Talla Sylla à coups de marteau, la liste est loin d’être exhaustive. Voilà le triste record de l’alternance.

Sunuafrik.com : N’est ce pas ce que les Sénégalais disaient du régime d’Abdou Diouf et maintenant il est pratiquement adulé 10 ans apres ?

Momar Mbaye : Les Sénégalais n’adulent pas le régime de Diouf, autrement le PS serait encore au pouvoir. Les socialistes trainaient beaucoup de casseroles aussi. Mais de 2000 à 2011, les nouvelles technologies ont connu un essor non négligeable au Sénégal. Wade a, dès son arrivée, décidé d’accompagner le développement des nouvelles technologies qui malheureusement, ne lui sont pas profitables. Il suffit de faire un tour de la toile pour s’en rendre compte. On a l’impression qu’il y a beaucoup plus de scandales sous l’alternance, seulement ils sont plus médiatisés qu’avant. Le pouvoir et de ses affidés affichent une certaine indécence exposée au grand jour et devant les médias. Cela frôle l’extravagance même. De l’alternance, les Sénégalais retiendront plus les scandales que les routes construites.

Sunuafrik.com : Dans un entretien avec le Journal L’Alsace, vous parliez de votre passion à écrire. D’où vient cette passion?

Momar Mbaye : D’abord de mon père, qui fut un homme de lettres, puis de ma grande sœur, celle qui ramenait toute sorte de bouquins à la maison, c’est elle qui m’a donné le goût de la lecture, lequel s’est transformé plus tard en une passion pour l’écriture. Ecrire nécessite un travail rigoureux aussi bien sur le fond que sur la forme, les deux sont inséparables. Lorsque j’ai lu l’Enfant Noir de Camara Laye, je me suis aussitôt projeté dans la tête de l’écrivain, j’ai tout de suite voulu devenir comme lui, écrire des livres, parler de choses utiles, comme les questions sociétales, ou les préoccupations d’ordre politique. Mais pour écrire, il faut beaucoup lire, dévorer les livres. La lecture est la nourriture de l’esprit. Il faut s’informer aussi, fréquenter les librairies, bibliothèques et lieux culturels. Malheureusement en Afrique, la culture semble relever du luxe, il n’y a pas assez de bibliothèques, les livres coûtent cher, surtout les livres publiés à l’étranger, dont la plupart ne sont pas édités au Sénégal. Pour répondre plus précisément à votre question, l’écriture est pour moi, une thérapie, à cheval entre le don et la malédiction. Il y a quelque chose d’angélique et de démoniaque à la fois dans l’écriture. On a le meilleur et le pire de l’inspiration. Lorsque j’écris, je me sens possédé en quelque sorte, j’entre en transe, je suis dans un état que je qualifierais d’ « anormal ». Mais une fois la rédaction terminée, je redeviens moi-même, je triture certains passages. Après publication, il m’arrive de relire certains de mes textes et de me demander si j’en suis le rédacteur.
J’aimerais profiter de cette tribune pour remercier mes profs de français, Monsieur Sow, et Monsieur Pierre Diaw du collège Malick Sy de Thiès. Ils m’ont donné le goût de l’écriture, l’amour de cette langue que nous savons héritée du colon, et donc le président poète disait qu’elle était un butin de guerre.

Sunuafrik.com : Vous parliez aussi dans ce même entretien de retourner un jour au Sénégal pour “l’aider à se construire”. Que voulez vous dire par là?

Momar Mbaye : Je ne vous apprends rien en vous disant que la fuite des cerveaux affecte dangereusement l’Afrique et compromet l’avenir du continent. Nos gouvernants y sont pour quelque chose, bien évidemment. Je pense que le minimum de reconnaissance que nous devons à ce pays, c’est de lui renvoyer l’ascenseur. Je n’insinue pas que tous les diplômés doivent retourner dans leur pays d’origine. Certains ont fait un choix de vie en restant en Europe où ils ont fondé une famille. Tant mieux pour eux et pour le pays d’accueil. Le président Wade, il y a peu, parlait d’une initiative visant à « obliger » les diplômés boursiers sénégalais à l’étranger, à soit retourner servir leur pays, ou soit rembourser les allocations d’études. Là n’est pas la question, il faudrait à mon avis rendre le pays assez attractif pour que ces diplômés ne sentent pas le besoin de rester à l’étranger. Nous avons besoin  d’une politique d’insertion des diplômés qui soit en mesure à la fois d’organiser et de favoriser  le retour au pays des étudiants. Pourquoi ne pas réfléchir de concert avec le monde de l’entreprise à des quotas pour faciliter le recrutement des diplômés, avec des chiffres annuels à l’appui ? Ce serait un bon début. En ce qui me concerne, je suis passé aujourd’hui d’une logique de dénonciation à une logique de construction. Ce qui passe par des propositions concrètes. Beaucoup reste à faire au Sénégal dans le domaine du social. Cela peut passer par le militantisme associatif, ou par l’engagement politique, ou le deux à la fois. A chaque chose son temps. Pour l’instant, j’en suis à l’engagement associatif avec le projet Sene-Child Rescue pour lutter contre l’exploitation et le travail des enfants de la rue, la mendicité infantile, les talibés en particulier, qui sont une couche vulnérable de la société sénégalaise dont ils symbolisent l’exclusion sociale. La place de l’enfant, à mon avis, n’est pas dans la rue mais à l’école. La lutte contre l’échec et le décrochage scolaire, est également une des priorités de Sene-Child.

Sunuafrik.com : Que pensez vous que nos gouvernants doivent faire pour changer la tendance ? et la fuite des cerveaux n’est elle pas un phenomene universel pas seulement unique en Afrique et aux Africains ?

Momar Mbaye : Il n’y a pas que les pays sous-développés qui sont confrontés à la fuite des cerveaux. La France par exemple a beaucoup de mal à retenir ses chercheurs, dont beaucoup sont tentés de s’expatrier aux Etats-Unis, beaucoup plus attractifs de nos jours. Toutefois, l’Afrique demeure le continent qui souffre le plus de la fuite des cerveaux. On ne peut pas en vouloir à des pays comme la France ou le Canada de choisir d’accueillir des immigrés qualifiés au détriment des personnes inexpérimentées et sans formation. Il appartient donc à l’Afrique et aux élites africaines d’œuvrer à l’intégration de leurs diplômés à l’étranger et de faciliter l’insertion pour ceux d’entre eux qui souhaitent retourner servir leur pays.

Sunuafrik.com : vous semblez beaucoup vous intéresser à la politique, surtout sénégalaise de par vos écrits sur notre toile. Pourquoi?

Momar Mbaye : La politique, soit vous la faite, soit vous la subissez. Entre les deux, il faut opérer un choix. Je n’ai pas la prétention de changer le monde, mais je peux y contribuer, et c’est le devoir de tout citoyen doté d’un minimum de reconnaissance pour son pays. Mon intérêt pour la chose politique est né de mes études de sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Cela m’a aidé à mieux appréhender le monde dans lequel nous évoluons car en apprenant les théories politiques, l’anthropologie et la sociologie politiques, les relations internationales, entre autres, j’ai tout de suite réalisé que le politique ne m’était pas indifférent. Bien au contraire, c’est un monde qui me passionne énormément. Quel que soit le sujet de mon écriture, la politique n’est jamais loin, il suffit de franchir un pas pour s’en rendre compte.

Sunuafrik.com : Abdoulaye Wade doit il se présenter et si non pourquoi pas?

Momar Mbaye : Je n’aimerais pas m’attarder sur cette question que certains veulent réduire à un débat de forme entre juristes. Lorsqu’on a passé douze ans au pouvoir, on s’en va. Eu égard au parcours inédit du président Wade, l’un des président les mieux élus du monde, il lui est interdit de sortir de l’histoire par la petite porte, après y être entré par la grande. Abdoulaye Wade est un grand homme, il a de bonnes idées, je le félicite pour la construction du grand théâtre national inauguré récemment (je le dis en toute sincérité). Je peux vous dire que Wade est le seul président ou candidat capable de faire rêver les Sénégalais. Seulement, on ne peut pas bâtir une vie que sur le rêve. Le réveil risque d’être brutal. Les Sénégalais veulent du concret, ils ont besoin d’un président qui soit attentif à leurs préoccupations immédiates que sont la sécurité, la cherté des denrées de première nécessité, la fourniture du pays en énergie, entre autres. Après plus de dix ans, le fait que le gouvernement n’ait pas trouvé une solution pérenne à la question de l’énergie, constitue, pour moi, un aveu d’échec. L’énergie est très vitale pour l’économie. Un aîné à moi a l’habitude de dire que Senghor avait la chance de connaître et l’Etat et le peuple ; et Diouf, l’Etat sans le peuple. Alors que Wade connaît le peuple mais pas l’Etat. La preuve, après dix ans d’alternance, Wade n’arrive pas à former un gouvernement, il est toujours à la recherche de son premier ministre.
Pour en revenir à la question de la candidature de Wade, c’est de bonne guerre, d’un point de vue politique, car le retrait du président de la course à la présidentielle signifierait la défaite de son camp et son départ du pouvoir. Il y a beaucoup de dossiers qui seront dépoussiérés une fois que le PDS aura quitté le pouvoir. Mais en attendant, Wade demeure le seul candidat qui puisse faire gagner son parti. Toutefois, il a commis d’énormes erreurs en se séparant de ses plus proches collaborateurs qu’il a voulu écarter de la course à la succession. Un dicton wolof illustre assez bien la situation que traverse le PDS en ce moment : « lorsqu’on tue tous ses héritiers, on risque de mal finir son règne ». Aujourd’hui, en dehors de Wade, il n’y a personne pour assurer la relève au PDS. Mais, Wade a ruiné, sans le vouloir, la maison dont il a été l’artisan tant apprécié.
De manière imagée, je considère Abdoulaye Wade comme un tramway qui arrive à son terminus. Et lorsque le tram atteint son terminus, il n’a d’autre choix que de s’arrêter, et en suite, de reprendre le chemin inverse, s’il le souhaite. Mais, si le conducteur du tram veut force le passage, il risque d’y avoir de la casse. Et les conséquences ne seront salutaires ni pour les passagers, encore moins pour le conducteur. J’aurais souhaité que Wade renonçât à se présenter à un troisième mandat en 2012.

 

 

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A suivre

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Publié dans Arts et Culture

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