INTERVIEW SUNUAFRIK.COM
Sunuafrik vous propose la deuxième partie de l'interview de Momar Mbaye, journaliste et auteur de "Les Miettes de L'Occident".
Sunuafrik.com : Karim Wade peut il accéder à la magistrature suprême au Sénégal ?
Momar Mbaye : Je ne l’envisage en aucun cas, et quelles que soient les circonstances. Je ne crois pas que l’intéressé en formule le rêve.
Sunuafrik.com : que pensez-vous de ce qui s’est passe au sommet du G8 (Karim Wade s’est fait présenter à Barack Obama par Nicolas Sarkozy, NDLR) ? Certains parlent d’une mise en scène ‘macabre’ de mauvaise humeur. Peut-on y voir une volonté de certaines forces de positionner Karim Wade pour la succession de son père ?
Momar Mbaye : Cela a toujours été leur objectif dès le départ, mais ils savent que la mayonnaise refuse de prendre. Je n’accorde aucun crédit à ces « présentations » pour justifier je ne sais quoi ou positionner je ne sais qui. Mais je rappelle que ce n’est pas Obama, encore moins Nicolas Sarkozy qui définit la politique intérieure du Sénégal. Ils peuvent soutenir un candidat, faire du zèle autour de lui, c’est leur droit, mais qu’ils ne perdent pas de vue que nous sommes un peuple souverain à qui on ne se substitue pas.
Sunuafrik.com : pensez-vous qu’il puisse être élu président au Sénégal ? Il nous semble que certains (opposition sénégalaise) ont peur de cette possibilité et dans ce cas pourquoi ne pas le combattre politiquement sur le terrain ?
Momar Mbaye : Karim Wade n’est pas sur le terrain politique pour y être combattu. D’ailleurs Karim Wade n’existe pas, si ce n’est à travers les médias qui parlent de lui à tort ou à raison. Il est un pur fantasme d’Abdoulaye Wade, lequel est en train de détourner l’opinion des véritables débats de fond. Pour combattre quelqu’un politiquement, il faut d’abord qu’il ait des idées, qu’il se réclame d’un courant d’idées, ou qu’il ait produit un travail scientifique reconnu et soumis à la critique. Vous ne verrez aucun leader politique sérieux s’amuser à débattre avec Karim Wade en public. Lui-même fuit les débats et il sait pourquoi. Je l’imagine très à l’aise dans la position qu’il occupe actuellement. C’est comme au théâtre, lorsque le casting a été raté depuis le départ, le spectacle ne tiendra pas la promesse des fleurs. Karim Wade est en train de jouer un rôle qui n’est pas le sien. Même au théâtre, on peut être amateur et avoir du talent, ce qui est loin d’être son cas. En 2008, j’ai rédigé un papier publié dans Le Quotidien et intitulé « Le sacre raté du Prince Karim, héritier du trône de sa Majesté Voldemort ». L’article résume bien la situation.
Sunuafrik.com : qui est le meilleur en ce moment pour diriger le Sénégal dans l’opposition ou la société civile ?
Momar Mbaye : Cela reste à définir. Au sein de Benno, des personnalités émergent. Laissons-leur le temps de murir leur stratégie, et ensuite l’opinion jugera.
Sunuafrik.com : Vous dites plus haut que vous voudriez rentrer au Sénégal un jour pour aider à la construire ou reconstruire, c’est selon. Est-ce un conseil déguisé destiné aux Sénégalais de l’extérieur à penser à rentrer aussi ?
Momar Mbaye : Les Sénégalais sont de tous les expatriés les rares qui pensent au retour. Notre savoir-faire, notre expérience, nous devons le mettre au profit de ce pays qui nous a vus naître et grandir, ce pays qui nous a tout donné. L’avenir est en Afrique où tout est à construire. Le pays a besoin des bras de ses vaillants fils et filles. Le chanteur Youssou Ndour l’illustre si bien : « quelle que soit la durée du séjour, il faut songer au retour. »
Sunuafrik.com : Le retour de ces Sénégalais au bercail ne va-t-il pas créer des ressentiments entre Sénégalais du moment où la plupart des compagnies vont privilégier ceux qui ont étudié a l’extérieur dans les grandes écoles Européennes et Américaines ?
Momar Mbaye : C’est tout à fait compréhensible qu’ils soient privilégiés. Mais il faut aussi donner la chance à ceux qui sont restés au pays, afin de démontrer qu’on peut réussir sans avoir besoin de s’expatrier. C’est d’ailleurs une question que j’aborde dans Les miettes de l’Occident. J’ai dit tantôt que j’étais favorable à la mise en place de quotas, de concert avec les entreprises nationales et étrangères. Il faudrait raisonner en termes de chiffres, pour être plus concret. Ne perdez pas de vue que d’autre part, certaines entreprises ont du mal à employer des expatriés lourdement diplômés, de peur de ne pouvoir leur proposer un salaire convenable. Mais ces derniers, en rentrant travailler pour leur pays, font un énorme sacrifice. Je me rappelle quand j’étais étudiant en sciences po, mon professeur d’anthropologie politique, revenu des USA, a vite fait de regretter son choix de retourner au pays. L’administration lui mettait des bâtons dans les roues, la concurrence était rude, il a fini par jeter l’éponge. Et pourtant, il a dû cracher sur un salaire presque dix fois plus élevé aux Etats-Unis et en France où il enseignait. Son départ a été une grande perte pour l’université Gaston Berger.
Sunuafrik.com : Revenons-en à votre livre « les miettes de l’Occident », quelle réception a-t-il eu depuis sa publication ?
Momar Mbaye : Les mulhousiens sont venus nombreux à la séance de dédicace. Vous pouvez le voir sur les photos. Je remercie également la communauté sénégalaise qui a brillé par sa présence à la séance de dédicaces. Les différents articles de presse et l’émission sur RFI ont poussé bon nombre de personnes à aller chercher le livre. Je rappelle qu’il est en vente aussi sur les sites Amazon et Alapage. Une de mes lectrices souhaite que certains passages du livre soient adaptés au cinéma, d’autres s’identifient plus ou moins à l’histoire de Magui, car le livre est une invitation au voyage, des allers-retours entre Mulhouse, Paris et Dakar. J’ai eu des retours positifs pour la plupart. Je pense qu’il était important dans la narration de doser la critique.
Sunuafrik.com : Vous écrivez beaucoup (livres et contributions), on se demande ce que vous pensez du métier de journaliste maintenant. Doit-il être engagé comme vous ? Et ne perd il pas son statut de non partisan dans ce cas?
Momar Mbaye : Le journalisme est un métier passionnant et très enrichissant. Moi je suis en permanence sur le terrain au contact des populations, des entreprises et collectivités, le monde associatif, entre autres. C’est un métier qui ouvre des portes aussi et vous donne accès à des cercles très fermés d’ordinaire. Chaque jour vous apprenez quelque chose de nouveau, que vous devez partager avec les lecteurs et abonnés. Dans la rédaction, le fond est important, la forme l’est d’autant plus. Ici les gens sont très reconnaissants : certains vous appellent pour vous remercier après la publication d’un article, d’autres envoient des mails, d’autres vous croisent dans la rue pour vous exprimer leur reconnaissance. Çà fait plaisir pour nous qui avons fait de l’écriture notre métier. Quant à l’engagement, il reste motivé par un choix personnel. De tous les temps, les journalistes ont toujours été partisans. Il faudrait respecter les choix des uns et des autres, ce qui n’empêche pas d’être critique quand il le faut. Le corporatisme aveugle ne sert pas la presse. Lorsqu’on est journaliste, et que l’on décide de tirer sur Wade tous les jours, il faudrait accepter que d’autres journalistes prennent la plume pour le défendre. Cela ne peut que grandir le métier, et enrichir le débat politique qui est à privilégier sur les attaques personnelles. C’est çà le pluralisme et le débat d’idées.
Sunuafrik.com : quel message voulez vous lancer aux jeunes Africains qui vous liront a travers notre plateforme ?
Momar Mbaye : De lire, et de se mettre chacun au service de son pays, de s’engager. L’Afrique mère a besoin de l’apport de tous ses fils.
Sunuafrik : Momar Mbaye, encore merci d’avoir bien voulu répondre a nos questions. Votre dernier mot ?
Momar Mbaye : Je vous remercie.