Parution " Les dérives du Sopi"

Publié le par Momar MBAYE

Les dérives du Sopi, bavures impunies et médias en sursis

Une actualité brûlante a secoué la presse sénégalaise que le président Wade tente de museler sans succès. Certains souhaiteraient faire oublier l’agression de Talla Sylla à coups de marteau par des proches du Président Wade, le tabassage des journalistes Boubacar Kambel Dieng et Kara Thioune par des policiers, Pape Cheikh Fall qui a failli succomber à son agression à coups de barres de fer par des individus que la justice sénégalaise laisse en liberté, comme Farba Senghor, ex ministre des Transports mis en cause dans le saccage des rédactions de l’As et 24h Chrono. Le Sénégal, un pays qui a ratifié la Charte Internationale des Droits de l’Homme et la Convention contre la torture, a refusé de condamner ou de faire la lumière sur ces bavures toujours impunies. Pape Cheikh Fall, Kara et Kambel, Babacar Touré, Pape Ngagne Ndiaye, Khalifa Diakhaté, Souleymane Jules Diop, Diatou Cissé, ainsi que d’autres acteurs de la presse témoignent sur les moments forts qui ont presque ruiné la vie d’honnêtes citoyens dont le seul crime est de vouloir faire leur travail de journaliste.

 

Couverture dérives du Sopi (fin)







Introduction

Entré dans l’histoire par la grande porte, Abdoulaye Wade risque d’en ressortir par la petite, humilié devant le monde entier. L’engouement et la ferveur suscités par l’alternance démocratique au soir du 19 mars 2000 se transforment en véritable cauchemar pour les Sénégalais. Après vingt-six années d’opposition au régime socialiste, le Nelson Mandela sénégalais succombe devant l’usure du pouvoir. Il renonce à ses valeurs d’antan, à une bonne partie des principes démocratiques qu’il a toujours prônés. Le pays jadis cité comme référence en Afrique et dans le monde manque peu de rejoindre la liste des républiques bananières. Peu après l’accession de son père au pouvoir, Karim Wade quitte l’Europe pour regagner le Sénégal, un pays où il n’a séjourné que très peu. Il se déclare prêt à aider le Président à gouverner. Son père le nomme conseiller spécial et semble trouver en lui, sa fontaine de jouvence.

A la fin de l’état de grâce qui a duré jusqu’en 2004, et face à la demande sociale croissante, Abdoulaye Wade consacre beaucoup d’efforts à hisser son fils au sommet de l’Etat, à l’heure où des centaines de jeunes désœuvrés et déçus de l’alternance n’ont d’autre choix que de braver l’Atlantique au prix de leur vie, dans le but de ramasser des miettes de survie. Les proches du fils du Président sont promus, comme leur mentor, à de hauts postes de responsabilité, aussi bien dans le parti au pouvoir (PDS) qu’au sein de l’Etat. Première manœuvre d’Abdoulaye Wade : il confie à son fils la construction des infrastructures liées à l’Organisation de la Conférence Islamique à Dakar en mars 2008. Tous les moyens de l’Etat sont mis à la disposition du fils du Président qui dispose d’un jet privé.

L’argent du contribuable sert aussi à financer les déplacements de Karim Wade dont les lieutenants étalent sur la place publique ses ambitions de succéder à son père, comme si le Sénégal était une monarchie. Les manœuvres du Président passent aussi par le biais de modifications et de tripatouillages constitutionnels (15 fois en 9 ans) pour tailler à son fils un costume de président. Son obsession du pouvoir le conduit à faire de la Constitution sénégalaise un véritable « paillasson » sur lequel il s’essuie les pieds avant d’accomplir ses forfaits. Il ne se fait pas prier pour dissoudre les collectivités locales dirigées par l’opposition, parfois au profit des proches de la Génération du Concret, cette nébuleuse que dirige Karim Wade. Le Président prolonge aussi le mandat des députés et reporte plusieurs fois les élections législatives et locales dans le seul but de se soustraire au « véto » des Sénégalais.

Des représentations diplomatiques multipliées par deux, des agences budgétivores se substituent aux différents ministères. Certaines d’entre elles sont dirigées par des proches de Karim Wade. Parmi celles-ci, l’Anoci que préside le fils du Président. Cette agence très controversée refuse de répondre devant la commission des finances de l’Assemblée Nationale qui souhaitait entendre Karim Wade sur les rumeurs de dépassement budgétaire et de gestion liés au sommet de l’OCI à Dakar. Abdoulaye Wade demande la tête de Macky Sall, le président de l’Assemblée Nationale que certains accusent d’être derrière cette convocation.

Aucune opposition n’est en mesure de faire face aux dérives autocratiques du Président qui réussit à mettre la main sur tous les contre-pouvoirs. Seule la presse privée échappe plus ou moins à son contrôle et résiste tant bien que mal, devant les menaces et tentatives d’intimidation ou de corruption de la part des tenants du régime. Des agressions ciblées pour déstabiliser le dernier rempart deviennent monnaie courante. Une conspiration vise à saper le travail des journalistes que la police convoque à tour de rôle, dans un balai assourdissant et pour des motifs triviaux. Et tout ceci avec la complicité de certains patrons de presse qui aident le pouvoir à mettre les journalistes en sursis.

Le processus de monarchisation enclenché, Abdoulaye Wade ne peut plus faire marche arrière. Il tente de liquider, excepté son fils, tous les héritiers potentiels qui osent lorgner son fauteuil présidentiel, à commencer par ses anciens collaborateurs et Premiers ministres : Idrissa Seck et Macky Sall, ainsi que beaucoup de personnes qui leur sont proches. En moins de huit ans, presque tous les symboles de l’Etat ont volé en éclat. Karim Wade devient l’un des hommes les plus puissants au Sénégal. Il recapitalise les ICS (Industries Chimiques du Sénégal) qui sont passés de 20 milliards de bénéfice à 80 milliards de perte sans mentionner l’endettement à coups de milliards. La Sonacos (société de production d’huile) n’est pas en reste, et bien d’autres entreprises qu’il bazarde parfois à ses coopérants arabes. Le très stratégique port de Dakar, jadis contrôlé par le groupe Bolloré, n’échappe pas à la saignée. La Génération du Concret (GC) commence à coopter députés, ministres et sénateurs. Ce mouvement qui se définit comme apolitique, tente d’accéder au pouvoir par tous les moyens, allant jusqu’à investir des candidats sur les listes du PDS dans le but d’assurer une mainmise sur les collectivités locales. La candidature de Karim Wade à la mairie de Dakar en mars 2009 en est l’illustration. Le doute n’est plus permis. Les ambitions du fils sont claires et précises : il veut succéder à son père. La GC veut se substituer au PDS, le parti au pouvoir, et compte investir Karim Wade candidat aux élections de 2012….La cuisante défaite du père et du fils aux élections locales de mars 2009 ne sert pas de leçon aux tenants du pouvoir.

Au lendemain de ces échéances électorales et à la surprise générale, Abdoulaye Wade, qui dit avoir compris le message exprimé par ses concitoyens, contourne la volonté populaire et les suffrages de ses concitoyens qui ont exprimé leur opposition à l’immixtion de Karim Wade dans les affaires de l’Etat. Il nomme son fils dans le gouvernement et lui confie quatre juteux portefeuilles : Transports Aériens, Aménagement du Territoire, Infrastructures et Coopération Internationale, sans oublier l’incontournable rang de ministre d’Etat, pour quelqu’un qui n’a aucune expérience gouvernementale. Voilà comment le Président récompense son fils, un perdant qu’il veut imposer au peuple, contre vents et marées. Et tout ce processus de monarchisation de la République passe nécessairement par le musèlement de la presse privée dont une bonne partie a déjà signé l’acte d’allégeance à la monarchie rampante, sous le coup de la menace, de l’intimidation ou de la corruption…une presse plus que jamais en sursis.



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