Entreprises et Médias d'Alsace
Jean-Pierre Chevènement: « Pour faire bouger les choses »
« En France, il n'y a pas d'homme d'État », a regretté d'emblée Jean-Pierre Chevènement, invité du diner-débat du réseau Entreprises & Médias d'Alsace, qui a réuni jeudi soir près d'une centaine de personnes dans la grande salle de l'hôtel Mercure gare à Mulhouse.
Jean-Pierre Chevènement répondait aux questions de Jean-Luc Fournier, directeur de l'Agence Strasbourgeoise de Presse.
Il aura beau le cuisiner, Jean-Pierre Chevènement instillera le suspense jusqu'au bout sur sa probable candidature à la présidentielle de 2012. Mais c'était sans compter sur la détermination du Jean-Luc Fournier, dont les questions, - fermées par endroits -, quel que soit le sujet abordé, ont pour point de chute la présidentielle, sur laquelle l'invité d'EMA est resté peu loquace.
« L'Allemagne n'acceptera pas un deuxième plan d'aide à la Grèce »
Sur l'Europe en revanche, l'ancien ministre de Mitterrand a été on ne peut plus précis, surtout quand il s'est agi de descendre en flammes le Traité de Maastricht de 1992, qu'il considère comme « un aberration ». « On a construit une zone monétaire unique avec des pays très différents », et certains d'entre n'arrivent pas à suivre le train de la monnaie forte.
L'exemple de la Grèce, Jean-Pierre Chevènement l'a cité à plusieurs reprises. Il constate que la solidarité nationale, est beaucoup plus forte que la solidarité européenne. Quelle solution préconiser alors? « Un rééchelonnement à la place d'une restructuration », car « L'Allemagne par exemple, n'acceptera pas un deuxième plan d'aide à la Grèce », a-t-il prévenu.
Animateur de Respublica, une fondation de recherche, Jean-Pierre Chevènement s'en est pris vertement à la monnaie unique, et trouve « aberrent de transférer la souveraineté monétaire, une erreur monumentale ». On voit aujourd'hui le résultat, soutient-il, avec la crise de l'euro, « une monnaie surévaluée », qui sert de valeur d'ajustement entre le dollar et le yen. « L'euro, dira-t-il, c'est le mark bis ».
« La France est-elle finie? »
La situation nationale est également dans la ligne de mire de Jean-Pierre Chevènement. La France va-t-elle se résigner à sortir définitivement de l’Histoire pour devenir un simple parc d’attractions, à l’extrémité occidentale d’une Europe elle-même marginalisée? En d'autres termes, « La France est-elle finie?» comme en atteste le titre de son nouveau livre? Une interrogation parmi la pléthore que pose le nouvel opus de l'ancien ministre et actuel vice-président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.
Le « Che » a également dénoncé ce qu'il qualifie d' « aveuglement collectif de nos élites ». Toutefois, s'il a dit ne pas aimer le sectarisme de gauche, Jean-Pierre Chevènement ne s'est pas privé de jeter des pierres dans le jardin de la 1ère secrétaire du PS, Martine Aubry.
« Parmi les candidats du PS, nous avons des bébés Delors, à commencer par sa fille », a ironisé le sénateur du Territoire de Belfort. Alors ira, n'ira pas? « Pour le moment, je ne suis pas encore candidat, mais je serais candidat pour faire bouger les choses », a conclu Jean-Pierre Chevènement.
Momar Mbaye, DNA, 13 juin 2011
Le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement « La France est-elle finie » est publié aux éditions Fayard