NAPOLÉON III RENAÎT DE SES CENDRES
Prière des enfants déçus et naufragés de l'alternace
Au nom du Père, du Prince et de la Sainte Vert
Notre Père ou Grand-père qui est au Palais,
Que ton règne monarchique perdure sans délai,
Que ta volonté soit faite, sur terre et sur mer,
Au sud du Sahara, comme dans l’au-delà. Père,
Donne-nous encore notre lot d’humiliations quotidiennes
Auquel tu nous as habitués, par ces temps de géhenne !
Oh seigneur des cieux et de la terre sainte du Sahara,
Nous, idiots, t’avions pris pour Thomas Sankara
Trahi par ses frères, comme tu nous as trahis, père
Grand-père, je devrais dire, je perds même mes repères.
Pardonne-nous, père, d’être insolents et insoumis
Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés,
Toi en premier. Même si tu nous prends pour des défoncés
Ne nous soumets pas à la tentation, d’hériter de ton fils.
Nous ne sommes pas en tennis, pas de place pour Monfils.
Ce serait trop nous demander, nous ne sommes pas à vendre.
Faudrait-il le dire en chinois, pour que tu puisses comprendre ?
Délivre-nous de tes maux, éloigne-nous de ta descendance.
Grand-père nous te vouons loyauté fidèle et confiance.
Oh seigneur des cieux et de la terre sainte du Sahara,
Nous, débiles, t’avions pris pour Thomas Sankara
Pour te confier le destin de toute une nation
Que tu sacrifies devant l’irrésistible tentation.
Vieux petit Napoléon, comme tu prêches le faux
Maladie d’Alzheimer, quand la mémoire fait défaut !
Tu nous as rendus dociles, nous, agneaux de Panurge.
Tes pouvoirs envoûtants, plus personne ne s’insurge.
Ta magie nous a transformés en de véritables abrutis.
A toi la grandeur mesquine, Napoléon le Petit
Loin de toi la petitesse, toi, grand apprenti.
Assis à ta table nous coupe déjà l’appétit.
Toi qui as choisi d’affamer ton peuple ennemi
Au Sahara, tu demeures la seule et unique pandémie.
Père, y a-t-il des démons qui hantent ta termitière,
T’obligeant à te réfugier jusque dans l’exosphère ?
Si ce n’est pour mieux nous surveiller, pauvres mortels,
Sache que tes longs séjours dans les airs empêchent nos prières
De monter au ciel, oh syndrome de la montgolfière !
Du néant tu sors des héros à la fidélité irréprochable,
Des personnes qui jusqu’au dernier souffle sont incapables
De renier leur relation fusionnelle avec l’avocat ou le diable.
Tu crées, Petit Napoléon, mais tu tues aussi
Tous ceux qui lorgnent le trône sur lequel tu es assis.
Il t’arrive de ressusciter même ceux qui t’ont trahi,
Ces ingrats que tu sors de l’ombre pour les incinérer
Et répandre leurs cendres dans les tiroirs de l’oubli.
Tu fais la pluie et le beau temps, souffles le froid, le chaud
Nos foyers brûlent comme sur le feu des artichauts
Oh seigneur des cieux et de la terre du Sahara
Nous, crétins, t’avions pris pour Mandela,
Le messie, le sauveur, qui jusque dans l’au-delà
Expie nos péchés et punit les conspirateurs de Sankara
Si seulement nous pouvions, remonter le temps
Huit ans en arrière, corriger une erreur d’antan
Recouvrer notre liberté, notre honneur bafoué
Notre dignité négroïde violemment secouée.
Oh seigneur des cieux et de la terre du Sahara,
Nous, idiots, t’avions pris pour Sankara
En toi nous croyions, grand-père Noël,
Par toi aussi nous jurions, avant et après Noël.
Père, aurais-tu des nouvelles de la fille de sept ans,
Cette insoumise abusée pendant tous ces temps,
Plus d’une douzaine de fois, par un vieil homme sans foi
Un rêveur, un grand mytho, qui a menti cent fois
Et qui pour anticiper sa succession, prépare l’accession
Au trône de son prince, en quête désespérée d’ascension.
Père, veux-tu des nouvelles de cette fille pauvre ?
Elle a été abusée par un vieil homme chauve.
Elle a été retrouvée, dépecée en mille morceaux
Son crâne fracturé à coups de marteau.
Elle n’avait que sept ans, la pauvre malheureuse
Elle qui pourtant, avait l’air si heureuse.
En paix elle repose, dans la demeure des morts.
Je ne peux vous en vouloir, père, vous n’avez pas tort,
Si c’est pour votre fils, ce meurtre est de bonne guerre.
Permettez-moi de vous tutoyer car je vous respectais naguère.
Tu ne faites qu’accomplir une coutume, un rituel
Une croyance démentielle, un devoir paternel.
Nous, crétins, t’avions pris pour Mandela
Pour notre salut ici-bas comme dans l’au-delà.
Sur sa tombe j’appose, une fleur, une rose
Que tous les soirs j’arrose, de mon encre morose.
Momar Mbaye