Le gouvernement des « recyclés » : Faites entrer Lamine Ba

Publié le par Momar MBAYE

lamineba_ministre.jpgDécidément, le gouvernement Ndéné, dont fait partie l’impopulaire fils du président, n’a pas fini de battre son propre record d’instabilité. Après la création il y a quelques semaines du ministère chargé du Fesman, suivie de la nomination récente d’un ministre chargé des affaires religieuses, voilà que Me Wade renoue avec ses « nominations de recyclage », avec la création le 2 mars dernier, d’un ministère des Affaires internationales et humanitaires.

« Je détiens tous les leviers du pouvoir, et j’en donne à qui je veux »

Cette assertion du président de la République est symptomatique de l’état d’instabilité dans laquelle baignent les institutions de la République, le gouvernement en particulier, depuis la nomination de celui à qui il est reproché un absentéisme notoire au conseil des ministres. Lorsqu’on est (presque) le seul, (d'après le père) parmi 12 millions de Sénégalais, à avoir fait des études « inédites », à pouvoir conduire 5 départements dans un même portefeuille, inutile de perdre son temps avec un « Ndéné » qui joue le rôle de premier ministre, parce que se retrouvant dans certains cas, devant le fait accompli, quant aux retouches incessantes, abusées et abusives de ce que certains appellent un gouvernement dont on sait qui nomme et dégomme les composants. L’assertion du Président demeure la seule explication plausible permettant de comprendre ou d’expliquer la nomination de l’ancien ministre de l’Environnement, en l’occurrence Lamine Ba dans le gouvernement. Celui qui avait souffert « sans bruit pendant dix longues années d’une forfaiture politique », est finalement retourné à la maison du père, suite aux retours timides des anciens édiles de Thiès et de Diourbel, ces grandes gueules qui, semble-t-il, ont perdu l’usage de la parole. Lamine Ba, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait conduit une liste parallèle à celle du PDS aux Parcelles Assainies en mars 2009. Déterminé à « boire le calice jusqu’à la lie », il disait à qui voulait l’entendre, qu’il était prêt à mettre fin au règne de ces personnes issues de sa propre formation politique, ces « politiciens professionnels » que lui-même accusait d’avoir « détourné les maigres ressources communales », et qui « vivent dans des maisons estimées à 300 millions et des voitures qui coûtent 50 millions chacune », selon ses propres termes. Il n’en a rien été. C’était juste des paroles en l’air, des propos qui ne valaient pas un cheveu de femme. Chez les libéraux, le reniement est une sorte de tradition bien ancrée dans la mentalité des militants comme des ténors du parti. Certains d’entre eux partent à la pêche aux voix, tantôt dans l’opposition, tantôt dans leur propre camp pour ramener les « brebis » égarées du pâturage libéral. Ils sont pour la plupart en mission commandée, comme en 2007, où l’opposition sénégalaise s’était laissé embobiner par le visage de la tortuosité. D’ailleurs, ils finiront tous un jour ou l’autre, par rejoindre le père les uns après les autres, sans exception, comme l’avait laissé entendre « Wade Le Maître », s’adressant à Omar Sarr, au temps où le « Rewmi » valait encore quelque chose.

Avec tout le respect que doit inspirer l’Institution qu’est la présidence de la République, ce remue-ménage ministériel infini et ces décrets ridicules ont fini par désacraliser une fonction jadis symbole du charisme de l’Etat. Abdoulaye Wade, pour botter en touche les accusations selon lesquelles il prépare son fils à sa succession alors que tous les actes qu’il pose confortent cette thèse, se permet de citer Bongo, Bush, Eyadema, un trio de présidents dont le premier, pas très fréquentable, le deuxième, criminel de guerre qui court toujours, et  le dernier, mutin reconverti. Ceci est un aveu implicite, un clin d’œil à la démocratie des barbares en pleine expansion en Afrique et dont se passerait volontiers le Sénégal. Il est à la fois inutile, idiot et insensé, lorsqu’on constate un incendie, de se demander s’il y a du feu ou de la fumée. On s’interroge plutôt sur l’origine, l’ampleur et la destination du brasier, afin de limiter les dégâts. L’Anoci et le sabotage d’Air Sénégal en sont les illustrations, et la casse se poursuit encore.

Abdoulaye Wade, qui jadis privilégiait la presse internationale à qui il réservait ses scoops, ne s’est pas encore remis des tirs groupés de cette dernière sur son monument. Vous comprenez pourquoi il n’avait d’autre choix que de se rabattre sur « Karim Info » - pardon « Canal Info » tout en levant l’ancre pour explorer l’« Océan » des ondes d’une radio et d’une télévision on ne peut plus « objectives ». Néanmoins, il a fini par convaincre qu’il était encore sain d’esprit, contrairement aux errements de certains membres de l’opposition qui ont poussé le bouchon trop loin pour demander au Sénat de constater l’incapacité du Président à diriger le Sénégal. Reste à supposer que ce nouveau ministère (des Affaires internationales et humanitaires) fraîchement sorti de l’imagination « débordante » de notre bien aimé Président, « premier et seul économiste en Afrique dans les années 60 », n’a rien à voir avec le ministère de la Coopération internationale confié à l’irremplaçable fils, banquier, économiste Karim Wade, un ministère qui n’a rien à voir avec les Affaires étrangères que dirige Madické Niang, rien à voir non plus avec le ministère des Affaires sociales confiées à Faustin Diatta. A moins que le volet humanitaire de ce ministère s’occupe d’accueillir les Haïtiens…au lieu de s’atteler aux affaires nationales telles les inondations, la criminalité, l’électricité, l’éducation et la baisse du niveau des élèves, entre autres. Avec tous ces « ministères des affaires » à n’en plus finir, bonjour les chevauchements et nous revoilà encore une fois dans un gouvernement bien affairé. Bon vent, Lamine!

Momar Mbaye

mbayemomar@yahoo.fr

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