La Tragédie Wade: Bavardages, bluff et contre-vérités

Publié le par Momar MBAYE

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« Le discours politique est destiné à donner au mensonge l’accent de la vérité, à rendre les meurtres respectables, et à donner l’apparence de la solidité à un simple courant d’air ». George Orwell

Pathétique, le terme est peu fort pour désigner le bavardage que certains qualifient de discours de celui qui manifestement était en campagne pour une élection à laquelle sa candidature est tout sauf recevable. La montagne, comme l’on pouvait s’y attendre, a accouché d’une toute petite souris. Car en lieu et place d’un discours d’homme d’Etat, les Sénégalais ont eu droit à des histoires à dormir debout, du théâtre présidentiel, un monologue futile que d’aucuns qualifient de « One old man show ». En d’autres termes, l’habituel bavardage kilométrique qui pollue les écrans de la RTS, la chaine de propagande. Qui encore une fois s’est illustrée en retransmettant en direct pendant près de trois heures une réunion du PDS, un meeting politique à caractère privé. A ce propos, l’on se demande bien de quel droit se prévaut Abdoulaye Wade lorsqu’il accapare l’audiovisuel sénégalais et fait interrompre les programmes de la télévision publique des heures durant pour des questions qui non seulement relèvent du privé, mais n’ont aucun intérêt particulier pour l’Etat et le fonctionnement de ses institutions. N’a-t-il pas souhaité s’entretenir avec ses propres militants, ceux du PDS, au lieu de s’adresser à la nation entière qui l’attendait sur des questions concrètes ? Une telle attitude dénote d’un manque de sérieux notoire de la part de la RTS, mais aussi de la présidence de la république, l’institution qui sous l’alternance aura le plus souffert des manquements d’un personnage qui a beaucoup de mal à habiter la fonction. On a hâte que le CNRA, Conseil national de régulation de l’audiovisuel, se mette au travail, en mettant fin à ce favoritisme de la RTS à l’endroit du camp présidentiel, lequel s’arroge le droit à la propagande télévisuelle.

Ennuyeux par moments, comme lorsqu’il promet l’électrification rurale à 400 villages du Sénégal, à l’heure où la Senelec peine à assurer une fourniture régulière en électricité des grandes villes, mais continue d’enregistrer des centaines et des milliers d’abonnés à qui elle promet un courant électrique inexistant. Si ce n’est de l’arnaque déguisée, il n’y a pas de termes appropriés pour désigner cette attitude insupportable à l’origine des émeutes du 27 juin dernier. Les villageois qui ont écouté le monologue d’Abdoulaye Wade doivent éprouver ou du mépris, ou de la pitié pour le vieil homme qui manifestement n’a aucun respect pour le monde rural.  

Mensonger dans une certaine mesure lorsque Wade dans son délire, nie publiquement avoir tenu devant les journalistes le 1er mars 2007 ses propos mémorables sur l’irrecevabilité de sa candidature à un troisième mandat. Mentir est humain, mais persister dans le mensonge est diabolique. Mais le président finira par se confondre dans ses propres contradictions, avant d’asséner honteusement, « j’ai dit, je me dédis, et alors ? »

Contre-vérités lorsqu’il promet de mettre fin aux délestages en septembre prochain, des promesses de plus, qui n’engagent que ceux qui les écoutent ou ceux qui y croient. Samuel Sarr, alors ministre de l’énergie avait promis de mettre fin aux délestages au plus tard en fin 2006. Après Karim Wade, c’est maintenant au tour d’Abdoulaye Wade de dérouler un chapelet de promesses qu’il n’a aucunement l’intention de tenir. En l’état actuel des choses, l’opinion doit se faire à l’idée qu’après 11 ans d’exercice du pouvoir, Wade et son régime auront prouvé leur incompétence à trouver une solution pérenne à la question de l’énergie. Malgré le respect dû aux aînés, il n’y a aucun mal à dire à un vieil homme qu’il ment, surtout lorsqu’il ment sciemment. Fût-il un président de la République qui, pour arriver à ses fins, n’hésite pas à mentir en déclarant être en mesure de régler le problème de la Casamance en cent jours…

Quant à l’organisation d’élections anticipées, rien que du bluff. Wade fait diversion encore une fois et tente de faire croire à l’opinion internationale qu’il est prêt à aller aux élections et à les gagner même. Une ruse de plus, une manœuvre habile dont l’objectif premier est de surseoir au débat sur l’irrecevabilité de sa candidature loin d’être tranchée. Wade fait penser à ce sportif qui après s’être dopé, veut forcer les portes d’un stade pour participer à un marathon auquel il n’est pas convié.

Aux « sages » du Conseil Constitutionnel d’assumer toutes les conséquences qui découleront de leur décision éventuelle qui serait favorable à la candidature de Wade en 2012. Il faudrait d’abord qu’ils pensent à se mettre à l’abri et à protéger les siens, parce que Wade ne leur sera d’aucun secours le jour où le peuple aura décidé de reprendre son pouvoir et d’en finir avec les voyous de la république, qui n’ont pas saisi le message du 23 juin dernier.

En fin de compte, ce discours politicien destiné à distraire les adultes et à endormir la jeunesse sénégalaise, ne valait pas la peine de sacrifier des heures devant le petit écran. Car le fort des personnes âgées, c’est de raconter des histoires à leurs enfants et petits-enfants. Précisément ce que Wade vient de faire. Encore faudrait-il que les histoires soient drôles, même si on ne saurait lui en vouloir de ses trous de mémoire, et des incohérences du discours, objet d’applaudissements aveuglés de ses inconditionnels et affidés.

D’un rêve pour l’Afrique dont il voulait tracer le destin, Wade est devenue une tragédie pour le continent tout entier, un cauchemar pour la république, un danger pour la démocratie même. Un assoiffé de pouvoir qui ne recule que devant le rapport de force, un contre-exemple entré dans l’histoire par la grande porte, mais qui manifestement en ressortira par la petite. Car hier soir, il avait l’occasion de se racheter, il avait toute la latitude de se réconcilier avec le peuple, mais il en a été incapable comme on pouvait s’y attendre. Abdoulaye Wade partira, de lui-même, ou par la rue, à l’image de Gbagbo, Moubarak, Ben Ali, Saleh, …. Son départ du pouvoir, que lui-même n’envisage pas de son vivant, n’est en fait qu’une question de temps et de circonstances.

Momar Mbaye

http://mbayemomar.over-blog.net

Publié dans Politique

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DIOP MAKHTAR 15/07/2011 19:49



merci cher Monsieur pour votre pertinence. votre article est concis et colle à la réalité.


Ne baissez jamais les bras. Chaque sénégalais se trouve aujourd'hui dans l'obligation de choisir son camp et d el'assumer. NUL n'a le droit de croiser les bras vu la gravité de l'heure.