Interview (imaginaire) du Président Wade :

Publié le par Momar MBAYE

wadedieutt.jpg« Je suis en état de disgrâce temporaire, j’ai dévalé les chutes du Niagara »

C’est un président Wade effondré et très en verve que nous avons rencontré jeudi soir, la tête dans les mains, vêtu d’un tee-shirt « Y en a marre » et d’une casquette à l’envers. Muré dans un silence assourdissant depuis la série d’émeutes qui ont secoué le Sénégal le 23 juin dernier, le président sénégalais sort de sa réserve et nous livre ses impressions.

Abdoulaye Wade, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui, une semaine après les manifs du 23 juin ?

Wade : Il faut dire son Excellence Me Abdoulaye Wade, fils de Momar Massamba Wade, 3ème président et futur 4ème président de la République du Sénégal, l’homme le plus diplômé du Caire au Cap, père de Karim Meissa Wade, ministre du ciel et de la terre, de l’air et des espaces verts, génie incontestable de la haute finance, envoyé par son illustre père Abdoulaye, pour sauver le Sénégal. Sopi ! Sopi !

D’accord, Monsieur le président, on sait que vous êtes très brillant. Mais veuillez répondre à la question tout de même : dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

WADE : Complètement déboussolé ! Je l’avoue, moi qui déclarais aux journalistes français que j’étais le seul président en état de grâce perpétuelle ! Je passe pour un rigolo en ce moment. Comme ils se sont moqués de moi ! J’ai failli faire une dépression nerveuse même, à l’image de cet ancien candidat à la mairie de Dakar, laminé aux élections municipales un soir de 22 mars 2009. Le 23 juin, j’ai cru à un instant, que mes cheveux avaient commencé à repousser, tellement j’étais horrifié, j’avais la chair de poule. Mon fils, lui, a eu tellement peur qu’il a téléphoné à Robert Bourgi et lui a parlé en wolof. Et figurez-vous, un wolof sans accent. C’est pourquoi Bourgi n’a rien compris de son baratin.

Justement vous avez dû surseoir à vos déplacements à l’étranger, vous qui ne manquez pas de prétexte pour emprunter votre avion, la « Pointe Saraane ! » Vous avez reporté votre petit pèlerinage aux lieux saints de l’Islam, et mis une croix sur le sommet de l’UA où vous étiez très attendu compte tenu de votre position sur la Libye. Comment expliquez-vous cela ?

WADE : Je vous arrête tout de suite, je n’ai pas reporté mon petit pèlerinage, j’y ai renoncé, définitivement. Car je craignais, une fois parti, de ne plus pouvoir remettre les pieds dans ce pays qui m’entretient financièrement, ma famille, mes proches collaborateurs et moi, depuis onze bonnes années. J’avoue que les jeunes « y’en a marristes » que j’ai vus manifester jeudi dernier, sont capables de bloquer l’aéroport et de m’empêcher d’entrer sur le territoire. Je voulais surtout éviter le syndrome Taya, l’ancien président mauritanien victime d’un coup d’état alors qu’il était à l’étranger aux obsèques du Roi Fahd. D’autre part, pensez-vous que faire des prières suffirait à sauver mon trône ? J’ai encore en mémoire le sort que le gentil peuple du Yémen a réservé au méchant président Saleh, actuellement en convalescence en Arabie Saoudite, aux côtés de Ali le fugitif. Au demeurant, j’aimerais profiter de votre tribune pour dénoncer vigoureusement ce dictateur sanguinaire de Saleh, qui a demandé aux forces de l’ordre de son pays de tirer sur le peuple du Yémen. Mon dieu, c’est horrible ! Il n’a pas hésité à réprimer violemment les manifestations pacifiques. Vous comprenez pourquoi aujourd’hui Saleh a perdu son fauteuil. Il a atteint le sommet de l’impopularité.

 

Oui, bien sûr monsieur le Président, on a compris. Mais à présent parlons de l’élection de 2012. Pensez-vous une seule fois que le Conseil Constitutionnel puisse valider votre candidature ?  

 

WADE : J’avoue que je n’avais aucun doute là-dessus, mais la question me taraude depuis le 23 juin dernier. Ce ticket ou poste de Fils-président, était une véritable connerie. J’ai été très mal conseillé sur ce point. Mais je voudrais vous dire que le Conseil constitutionnel a tout intérêt à valider ma candidature, parce que les Saltigués ont prédit ma victoire dès le premier tour, même avec 25% des suffrages. Ils ont dit que j’allais gagner les élections, et pour cela, il faut d’abord que je sois candidat.

 

Alors que vous aurez 86 ans en 2012, monsieur Wade…officiellement

 

WADE : Justement, parce que je suis contre la discrimination des personnes âgées, il faut leur laisser leur chance. C’est ce qui motive ma candidature car il convient de mettre fin aux discriminations liées à l'âge. En plus, les Wolofs ont l’habitude de dire que « mak motnaa bayi ci rééw », on a toujours besoin du conseil des aînés pour faire avancer un pays. Moi je me porte très bien, point de vue santé, maachallah ! La preuve, je peux vous faire une brève démonstration de danse : salagne-salagne, dialgati walla Youza, foma wo ma wouyou !

 

Ce ne sera pas nécessaire, monsieur le Président, vous êtes on ne peut plus en bonne santé. Et si malgré tout le Conseil invalidait votre candidature ?

 

Je ne l’envisage aucunement. D’ailleurs j’aimerais donner un petit conseil au président du Conseil, M. Diakhaté. Je lui recommande vivement de se procurer le livre de Latif Coulibaly « L’affaire Me Sèye, un meurtre sur commande ». J’ai eu des frissons quand j’ai parcouru ce brulot. Figurez-vous que ceux qui ont assassiné l’ancien vice-président du Conseil Constitutionnel, Me Babacar Sèye, sont encore dans la nature ; ils peuvent récidiver à tout moment. Et de nos jours, les accidents sont très fréquents. Prudence sur la route !

 

Qu’est-ce que vous insinuez, monsieur le Président ? Êtes-vous en train de menacer M. Diakahaté ?

 

WADE : En aucun cas. Ce ne sont pas des menaces, je veux simplement lui faire comprendre que sous nos tropiques, l’histoire a la fâcheuse habitude de se répéter, malheureusement. C’est comme ces vieux tramways qui arrivent au terminus, mais refusent de s’arrêter et veulent forcer le passage. A coup sûr, il va y avoir de la casse.

 

Parlons du sommet de l’UA, monsieur Wade, vous qui êtes la boite à idées du continent. Votre mutisme et absence très remarquée changent-ils quelque chose ?

 

WADE : Bien sûr que oui. Comme l’a souligné le chroniqueur de Wal fadjri, après « L’Alibi », c’est mon projet de ticket « président-Fils-président » qui devait être à l’ordre du jour au sommet de l’UA. Raison pour laquelle je me suis débiné. Ils ne sont pas près de me revoir en tout cas. Pas besoin de faire des études supérieures pour comprendre mon attitude. Je suis un grand donneur de leçons, mais je n’aime pas en recevoir. Surtout venant de mes frères africains.

 

Monsieur Wade, au Sénégal on soutient que même Kadhafi est plus populaire que vous et votre fils réunis. Quel crédit accordez-vous à ces propos ?

 

WADE : This is possible, comme diraient les Anglais. You know, depuis le 23 juin, je peux dire que je suis en état de disgrâce temporaire, ou perpétuelle même. Certains soutiennent que j’ai dévalé les chutes du Niagara, d’autres parlent du Kilimandjaro ; mais c’est plus grave que cela, mais rien ne m’ébranle, voyez-vous. Après la poignée de main au sommet du G8 à Deauville, je pensais que les Américains et les Français me soutenaient, et qu’ils avaient approuvé ma franchise devant Kadhafi lors de mon « Show Tout Chaud » à Benghazi. Mais je me suis rendu compte que ni Barack Obama, encore moins Sarkozy ne décidaient de la politique intérieure du Sénégal. Je les accuse d’impérialisme passif, je suis panafricain, et désormais, militant de « Y en a marre ». J’ai toujours été solidaire du peuple.

 

C’est justement ce qui m’inquiète, Abdoulaye Wade, vous portez un tee-shirt « Y en a Marre », et une casquette à l’envers comme ces rappeurs de banlieue : mais pourquoi ?

 

WADE : Pour témoigner ma solidarité aux jeunes qui étaient dans la rue jeudi. Je suis leur idole, c’est moi qui les ai initiés à l’intifada : comment affronter et faire reculer les forces de l’ordre par de simples jeux de pierres ; je leur ai appris à résister à l’oppression. Aujourd’hui, je suis fier de ce qu’ils sont devenus : des « Palestiniens », désœuvrés, sans emploi et sans avenir. J’aimerais vous dire que moi aussi, je suis solidaire de Thiat et de Kilifa, qui ont toute leur place dans le gouvernement. Si Ndéné Ndiaye est d’accord, je les nomme à la culture. La preuve, j’ai demandé aux ministres, lors du prochain conseil, de porter des tee-shirts « Y en a marre » et des casquettes, à commencer par Ndéné Ndiaye et Karim Wade. A bas la génération Sopi. Fini les bretelles, fini la boule à zéro ! Place à la génération « Y en a mort ! »  A la jeunesse de mon pays, je dis ceci : « marrez-vous » dans la rue comme au Palais, mais de grâce, n’adhérez pas au Mouvement du 23 juin, il y va de la survie de votre éternel et bien aimé président. A bon entendeur, je vous bénis !

Ce texte est purement imaginaire

 

Momar Mbaye

http://mbayemomar.over-blog.net

Publié dans Politique

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