Fatou Diome en croisade contre la polygamie

Publié le par Momar MBAYE

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« Il n’y a pas une seule femme capable d’être heureuse en imaginant son mari dans les bras d’une autre »

Dans son nouvel ouvrage largement consacré à la condition de la femme, Fatou Diome traite de la solitude de « ces épouses qui attendent, et dont les enfants grandissent sans connaître leur père ». Mercredi, devant le public du forum de la Fnac à Mulhouse, l’écrivaine est revenue sur les méfaits de la polygamie dans les sociétés africaines, non sans botter en touche toutes ces pratiques parfois injustement attribuées à l’Islam.


« Senghor a été colonisé, pas moi. Il a dû lutter contre des injustices que moi je n’ai pas connues, puisque son combat me les a épargnées», précise d’emblée l’écrivaine, qui se considère comme une héritière de la négritude libre. Pour elle, la communauté de combat, aujourd’hui, n’est plus de couleur, mais de condition sociale. Et c’est sans doute ce qui l’a amenée à revisiter le quotidien de « Celles qui attendent », comme en atteste le titre de son nouveau roman dans lequel l’écrivaine prend le contre-pied des défenseurs de la polygamie.

« Une pratique antérieure à l’Islam »

C’est à l’appui de versets du Coran que Fatou Diome a étalé sa connaissance du Livre Saint, qui ne fait pas de la polygamie une obligation, mais une autorisation, à certaines conditions. Mais, selon la romancière, cette pratique, qui date d’une autre période, n’est pas à mettre sur le dos de la religion, car, soutient-elle, « en Afrique, la polygamie est antérieure à l’Islam, qui est arrivé au Sénégal au 11ème siècle », alors que « dans les villages africains, on parlait de rois qui avaient plusieurs reines ». Fatou Diome n’a pas hésité à citer au passage quelques briques du Coran sur le premier devoir d’un père de famille, qui consiste à « garantir à son épouse une vie digne et descente ». Et l’écrivaine de renchérir : « l’Islam est venu apporter une limite. Parce qu’au delà de quatre épouses, le monsieur est excommunié ».

« Dénoncer l’hypocrisie des polygames » Fatou fnac10

Qu’en est-il de certains pays musulmans alors? « Ce n’est par hasard que la polygamie est interdite en Tunisie, un pays arabe. », constate Fatou Diome, pour qui, la polygamie, telle que pratiquée aujourd’hui, « a plus à voir avec la concupiscence qu’avec une pratique honnête et normale de la religion ». Mais, note-t-elle avec regrets, « il n’y a pas une seule femme capable d’être heureuse en imaginant son mari dans les bras d’une autre. » On pourrait en dire autant pour les hommes.

Loin de la romancière l’idée de prendre des gants pour dénoncer ce qu’elle appelle « l’hypocrisie des polygames », qui utilisent voire instrumentalisent la religion. Et Fatou de renvoyer ces derniers à la sourate du Coran qui parle de la polygamie: « si vous devez prendre une deuxième épouse, il faut que vous ayez déjà la possibilité de mettre vos deux épouses dans des conditions de vie décentes, de justice et d’équilibre », rappelle l’écrivaine, convaincue que de nos jours,  « le Coran, on lui fait raconter tout ce qu’on veut. L’Islam ne favorise pas la polygamie», a-t-elle conclu. En attendant, Fatou Diome poursuit sa croisade aux côtés de ces Arame, Bougna, Coumba et Daba, qui attendent, et qui espèrent un jour se retrouver de nouveau, dans les bras de leur bien-aimé.

 

Momar Mbaye

mbayemomar@yahoo.fr

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