Dédicace / Fnac / Fatou Diome

Publié le par Momar MBAYE

fatou diome« On n'est pas le cheptel de l'Occident » Par Momar Mbaye

« Assouvir la vie » des lecteurs coincés entre Le ventre de l'Atlantique et la préférence nationale, c'est le souhait de l'auteur de Kétala, qui revient en librairie pour délivrer ses semblables, Celles qui attendent, comme en atteste le titre de son nouvel ouvrage.

« Il faut à une femme un courage incroyable pour oser partir la nuit avec un inconnu ». Tel est l'avis de Fatou sur la question de la prostitution, qu'elle analyse comme un phénomène de société. « J'ai abordé ce sujet pour voir les difficultés que ça fait pour certaines de mes sœurs, qui viennent en Europe sans avoir les moyens d'y vivre convenablement ». « Tout ce que j'écris sur la femme, est ramené à ma propre vie », regrette-t-elle, alors que d'autres, de par ses prises de position, la trouvent très occidentalisée, voire acculturée. Mais, Fatou Diome assume bien sa double culture.

Le courage de ses idées

La romancière franco-sénégalaise avoue avoir le courage de ses idées, car « si on ne peut pas payer le prix de la vérité, ce n'est pas la peine de publier ». Pourtant la liberté de ton dans ses écrits n'est pas pour plaire des deux côtés de la Méditerranée. Surtout lorsqu'elle parle de l'immigration choisie. « On nous prend tout et on ne nous donne rien à la place », dénonce-t-elle, car il faut donner la chance aussi bien aux talentueux qu'aux moins qualifiés. « On n'est pas le cheptel de l'Occident. Quand je dis ça, les Blancs applaudissent, et quand je critique la polygamie, les Africains m'insultent ». Justement la polygamie, voilà un sujet que la Strasbourgeoise aborde sans prendre de gants. « Il faut oser se remettre en question et poser le débat », dit-elle, car « une Afrique indépendante, l'est d'abord mentalement ».

«Cette Afrique des républiques génétiques aux fauteuils héréditaires»

Que dire de l'Afrique et ses problèmes de démocratie ? Un sujet déjà abordé dans Inassouvies nos vie», où Fatou Diome pointe du doigt « cette Afrique des républiques génétiques aux fauteuils héréditaires ». Même si l'écrivaine dit ne pas chercher la confrontation avec les gouvernants, ses fictions ne sont jamais éloignées de la réalité. « Il est hors de question que j'écrive un livre frontal de critique politique, ce n'est pas mon travail de romancière », précise-t-elle. Toutefois, les réflexions peuvent venir dans le roman de temps à autres, car tout ce qui compte, pour elle, c'est que son pays aille de mieux en mieux. « Ma liberté de romancière n'est pas négociable », c'est pourquoi, dit-elle, « je me tiens loin, loin des politiques ».

M.Mbaye, 

Dernières Nouvelles d'Alsace, 30 octobre 2010

31 ocotbre 2010

Fatou Diome sera à la Fnac de Mulhouse le mercredi 3 novembre à 17 h pour dédicacer son dernier livre, « Celles qui attendent ».

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