Alternance : 10 ans d’amateurisme, çà suffit !

Publié le par Momar MBAYE

wadedieutt.jpgRéélire Me Wade en 2012, pour quoi faire ?

Je suis outré lorsque j’entends certaines personnes parler de la réélection du président de la République en 2012, de surcroît au premier tour. A moins que tous ceux qui défendent cette idée aient intérêt à ce que le pouvoir reste entre les mains des libéraux dont beaucoup d’entre eux rejoindront les cellules de Rebeus ou de Camp Pénal, comme l’avait prédit un des leurs, Serigne Mbacké Ndiaye.

Si l’amour rend aveugle, les Sénégalais, après leur mariage décevant avec l’alternance, ont tous retrouvé la vue, excepté ceux qui, pour la défense de leurs intérêts crypto personnels refusent d’admettre que le Sopi n’a été qu’un leurre, une conspiration qui n’a que trop duré et qui ne fait plus miroiter. Après dix longues et périlleuses années d’alternance au sortir desquelles les Sénégalais ne voient toujours pas le bout du tunnel et continuent de tirer le diable par la queue, il serait à la fois irrespectueux et insensé d’imaginer une candidature d’Abdoulaye Wade en 2012, à fortiori une réélection à la tête d’un pays qui lui a tout donné sans avoir droit au minimum qu’on attendait du vote du 19 mars 2000. Des choses ont été faites, sans doute, dans beaucoup de domaines, des routes construites, et il faut être malhonnête et animé de mauvaise foi pour ne pas le reconnaître. Seulement, les routes, çà ne se mange pas, çà n’allège ni le panier de la ménagère encore moins le coût exorbitant des soins dont ont besoin nos compatriotes qui n’ont pas encore fini de subir les coupures intempestives de courant doublées de la hausse abusée des prix des denrées de première nécessité malgré les promesses répétées du chef de l’Etat. Ceux qui ont le plus profité de l’alternance, ce ne sont pas les classes populaires, mais les classes qui avaient le minimum, à côté d’une nouvelle bourgeoisie sénégalaise qui a vu le jour, des personnes dont on connaît le passé, de simples contribuables qui prenaient les cars rapides comme vous et moi, et qui maintenant roulent dans des voitures dernier cri, habitent dans des villas qui coûtent les yeux de la tête. Cet argent,  aurait-il été gagné à la sueur de leur front, il n’y aurait pas à redire. Si certains libéraux refusent de prendre la défense du président de la République sur bon nombre de dossiers, c’est parce qu’ils ne retrouvent plus en lui, la personne et les idées pour lesquelles ils avaient voté en 2000. Si et seulement si les cheveux de Me Wade avaient poussé entre temps, on aurait compris et trouvé une explication à la métamorphose qui n’a pas fini d’affecter notre bien aimé président, au point que certains provocateurs s’interrogent sur de sa santé mentale. Depuis l’alternance, chaque jour arrive avec son lot détournements et de scandales non élucidés, et le plus récents font oublier les précédents. Suite aux audits commandités au lendemain de l’alternance (des audits qui dorment encore dans les tiroirs du palais), les Sénégalais attendaient du président de la République qu’il laissât la Justice de leur pays sanctionner les responsables socialistes, qui, avant 2000, avaient joué avec les deniers de l’Etat. Ils sont restés sur leur faim. Pis, ces derniers pour la plupart, ont par la suite regagné le camp du pouvoir, pour s’offrir une nouvelle virginité politique car ils n’aiment pas cheminer avec les perdants. Voilà la pire insulte que l’alternance ait proférée à l’endroit des Sénégalais. Que ceux qui veulent réélire Abdoulaye Wade en 2012 nous disent à quoi bon, puisqu’après dix ans d’exercice du pouvoir, il ne sait toujours pas former un gouvernement, ce qui est censé être la chose la plus banale pour le bon fonctionnement d’un Etat. Depuis qu’il a mis en place son fameux plan Jaxaay, le président de la République vient à peine de se rendre compte que les sinistrés des banlieues dorment encore dans les eaux. Cela me rappelle l’intervention d’Abdou Diouf sur Sud Fm à la veille de l’alternance. Le pauvre, en hibernation dans son palais immense, ignorait la situation dans laquelle se trouvaient ses compatriotes. Il ne s’était réveillé qu’en mars 2000 et depuis lors, il ne dort plus que d’un seul œil. Le prochain président qui sortira des urnes en 2012 (si les élections ne sont pas reportées comme d’habitude) passera plus qu’une décennie à « remettre à l’endroit ce que le libéralisme de Wade a mis à l’envers » pour paraphraser les socialistes. Les pauvres contribuables continueront à payer des décennies durant, les crimes économiques dont les auteurs sont tantôt « sanctionnés », tantôt gratifiés selon le bon vouloir du Prince. Pour en revenir à Abdoulaye Wade, ce qu’il n’a pas pu faire en dix ans, il ne le fera pas avec un mandat de sept ans supplémentaire. C’est comme un tramway qui arrive à son terminus, il n’a pas d’autre choix que de s’arrêter et de repartir dans le sens inverse, autrement, bonjour les dégâts. Nous qui pensions que son âge trop avancé était signe de sagesse et devrait l’inciter à prendre sa retraite politique, abandonner le projet de succession auquel il prépare son fils, organiser des élections transparentes, libres et démocratiques comme en mars 2008, et enfin sortir de l’histoire par la grande porte comme il y était entré. Nous ferez-vous ce plaisir, Président ? Le peuple vous en sera reconnaissant. A bon entendeur !

Momar Mbaye

mbayemomar@yahoo.fr

Commenter cet article